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Le blog de Malicorne

Le blog de Malicorne

Journal d'un citoyen français, militant de la vie et de la liberté


L'intérêt écologique du nucléaire

Publié par Bernard Maillard sur 24 Août 2015, 10:48am

Catégories : #énergie, #politique, #Economie, #Géopolitique

Oui, l’énergie nucléaire peut apporter une contribution positive au respect de l’environnement, à la lutte contre l’effet de serre et au développement humain. Cela suppose des exploitants responsables, des Pouvoirs Publics efficaces, et une préoccupation partagée du long terme et de l’intérêt général.

En premier lieu, il convient de rappeler que l’énergie nucléaire est une énergie naturelle au même titre que l’énergie du vent ou que celle du soleil.

Elle utilise la chaleur dégagée par la réaction nucléaire de fission des matières fissiles, uranium et plutonium. Le thorium est également une matière fissile.

Des réacteurs naturels nucléaires à l'uranium ont fonctionné sur Terre en produisant du plutonium, matière fissile naturelle comme l’est l’uranium, et des sous produits de la réactions nucléaire, les déchets nucléaires.

La grande majorité des déchets nucléaires demeure à ce jour non exploitables. Certaines terres rares présentes dans les déchets nucléaires pourraient être valorisées mais leur extraction n’est pas à ce jour compétitive en prenant en considération toutes les précautions requise pour la santé des personnes intervenantes et de la population.

Ces réacteurs nucléaires naturels ont fonctionné en Afrique près d’Oklo au Gabon, durant des milliers d’années, il y a deux milliards d’années. Ils constituent de précieux points de repères pour la mise en place d’une protection passive ultime de long terme pour les déchets nucléaires non valorisables.

Aujourd’hui, en France, les déchets nucléaires sont gérés avec la plus haute attention, de la part des exploitants nucléaires, comme de celle des Pouvoirs Publics. L’intérêt du projet CIGEO est de pouvoir mettre en place pour les déchets ultimes une protection passive de très long terme sans intervention humaine pour se prémunir de toute perte de vigilance en la matière, jusqu'au retour progressif de la radioactivité des déchets nucléaires au bruit de fond naturel.

Cette radioactivité naturelle est issue de la matière radioactive présente dans le sol, dans l'air et l'eau, et dans les rayons cosmiques qui viennent de l'univers sur la Terre. Pour mémoire, l'exposition que reçoivent les personnels volants et les passagers des avions depend des rayons cosmiques mais également des éruptions solaires (http://www.sievert-system.org).

L’industrie nucléaire est aujourd’hui la seule industrie disposant d’une telle préoccupation sur le très long terme et donc des générations futures, et qui va au-delà du temps historique.

En second lieu, l’énergie nucléaire est une source d’énergie concentrée qui permet de disposer d’un grand levier d’échelle et donc d’économiser les ressources humaines et financières engagées en développant la valeur ajoutée.

Elle permet ainsi un accès à une énergie propre pour un très grand nombre, à un prix compétitif sans subvention, en intégrant les coûts complets incluant la déconstruction finale des réacteurs et le traitement ultime des déchets.

Cette mobilisation se fait en grande partie mais pas seulement par de la matière grise, ce qui permet d’économiser autant des ressources primaires, (espace foncier, matériaux, ressources naturelles …).

La compétitivité de l’électricité nucléaire française est démontrée tous les jours par la balance exportatrice positive de la France dans l’industrie électro-nucléaire, comme dans l’électricité produite par le nucléaire, depuis maintenant des dizaines d’années. Pour l électricité , la balance positive s'élève pour la France à deux milliards d'euro chaque année depuis plus de dix ans maintenant.

Cette compétitivité de l’électricité nucléaire française ne constitue pas en soi une raison pour gaspiller cette électricité, et cette énergie, notamment en arrêtant prématurément et inutilement une installation sûre et compétitive telle que peut l’être l'usine de Fessemheim.

La contre partie, c’est un très haut niveau d’exigences dans le domaine des compétences scientifiques, technologiques, et industrielles.

En troisième lieu, l’énergie nucléaire, encore jeune, demeure et demeurera une industrie à risques.

L’exploitation industrielle de l’industrie nucléaire ne date que depuis un demi-siècle alors que le cycle de vie d’un réacteur nucléaire industriel d’aujourd’hui se situe à l’échelle d’un siècle : les trois quarts de la centaine de réacteurs en exploitation aux Etats Unis ont d’ores et déjà une autorisation de fonctionner sur soixante ans, et les études sont engagées pour aller à 80 ans ( https://www.nrc.gov/reactors/operating/licensing/renewal/subsequent-license-renewal.html).  Les dizaines de réacteurs qui démarrent aujourd’hui à travers le monde, notamment en Asie, mais aussi en Europe et en Amérique, seront pour la plupart encore en exploitation au XXII ème siècle.

L’industrie nucléaire a su développer des principes de sûreté (prise en compte dès la conception, redondance et diversification, défense en profondeur, …) qui ont permis à ce que l’Europe ne connaisse aucun accident grave avec fusion totale du cœur sur les réacteurs, hors l’accident grave (échelle internationale INES, niveau 5) de WInscale le 10 octobre 1957 au Royaume Uni , qui n’était pas un réacteur industriel électronucléaire.

Aujourd’hui en Europe, c’est plus de 2000 années d’expérience cumulées d’exploitation de réacteurs industriels électronucléaires sans accident grave dans 15 pays d’Europe.

Ces principes de sûreté ont également permis que l’accident grave avec fusion totale du coeur (INES 5) survenu aux Etats Unis le 28 mars 979 à Three Mile Ilsland sur un réacteur quasi neuf n’ait eu aucune conséquence pour la population. Cet accident a cependant arrêté le développement du nucléaire civil sur le continent américain pour un demi-siècle et a confirmé l’importance d’accorder autant d’attention à la dimension humaine qu’aux aspects techniques dans la sûreté nucléaire.

Les accidents majeurs (INES 7) de Tchernobyl, le 26 avril 1986 et de Fukushima, le 11 mars 2011, ne devront jamais être oubliés. Ils ont créé une très forte angoisse à travers le monde. L’exigence de culture de sûreté, attitude interrogative, rigueur, prudence, transparence, est sortie ré-arffirmée après Tchernobyl. Son déploiement s’est révélé insuffisant sur le site de Fukushima alors que le risque de tsunami devant être mieux pris en compte était connu de l’exploitant.

Le Japon, la France et d’autres pays déploient le retour d’expérience de Fukushima . Celui-ci mettra une dizaine d’années a minima à se déployer à travers le monde. La réévaluation périodique mise en œuvre en France tous les dix ans permet au parc français de bénéficier de tout le retour d’expérience disponible au niveau international. L’association internationale WANO des exploitants nucléaires joue un rôle important pour favoriser le partage des meilleurs pratiques entre exploitants nucléaires et favoriser la détection et l’exploitation des événements précurseurs.

Les enseignements de Fukushima portent sur la mise en place de marges complémentaires à la conception pour encore mieux se prémunir du risque de fusion du cœur face aux agressions naturelles extrêmes (tornades, séismes, tsunamis, …) et pour s’affranchir du risque de long terme pour la population et les territoires, y compris dans l’hypothèse d’un accident grave avec fusion de cœur du réacteur. Ils portent également sur la démonstration de l'existence de marges par rapports à des effets falaises potentiels, dans la démonstration de sûreté à la conception, et sur une claire responsabilisation de l'exploitant nucléaire dans cette démonstration, dès la demande d'autorisation et tout au long de la période d'exploitation. 

J’ai visité les sites de Windscale, Tchernobyl et Fukushima en 2013

http://malicorne.over-blog.com/visite-du-site-de-tchernobyl-en-mai-2013

http://malicorne.over-blog.com/2013/10/retour-de-fukushima-et-d-autres-lieux.html.

Je suis retourné à Fukushima en 2016. 

Je conseille à toute personne, exploitant, autorité de contrôle, élu, … exerçant des responsabilités concernant l’énergie nucléaire, d’aller visiter l’un de ces sites accidentés pour maintenir la mémoire que le risque zéro n’a jamais et n’existera jamais, et pour mieux apprécier la pertinence des dispositions prises au titre du retour d’expérience.

Ces éléments confirment l’impérieuse exigence de maintenir la priorité une à la sûreté nucléaire dans tout pays qui exploite l’énergie nucléaire avec un retour d’expérience performant. En premier lieu au niveau des exploitants nucléaires qui sont les premiers responsables de la sûreté nucléaire. Mais également au niveau des Pouvoirs Publics qui doivent disposer d’autorités de sûreté compétentes, exigeantes et entendues. Cela suppose en amont des Etats qui fonctionnent et qui soient efficaces …..Cela vaut en particulier pour les pays "primo entrants" dans l'énergie nucléaire.

L’accident qui a eu lieu en Inde dans l’usine chimique de Bhopal, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, qui a fait des milliers de victimes, plus que Tchenobyl et Fukushima réunies, qui a des conséquences encore aujourd’hui inacceptables pour la population et le territoire Indien, a-t-elle conduit pour autant à suspendre toute activité industrielle dans l’industrie chimique ? Le dernier accident chimique en Chine à Tianjin, le 12 août 2015, n’arrêtera pas non plus l’industrie chimique, mais re-questionnera très certainement les conditions de son développement.

L’industrie nucléaire sûre et compétitive est une activité industrielle exigeante qui doit demeurée guidée par l’humilité au regard du risque résiduel, aussi faible soit-il. Dans une telle approche, j’estime que l’énergie nucléaire peut avoir toute sa place dans le bouquet énergétique mondial, à côté et en bonne complémentarité des actions d’efficacité énergétique et du développement de la compétitivité des énergies renouvelables intermittentes ou non. Les énergies émettrices de carbone fossile (pétrole gaz, charbon) doivent quant à elles être progressivement limitées dans leur utilisation au regard du risque d’effet de serre planétaire. Des aides inter-pays doivent être développées dans une approche multilatérale pour permettre aux pays les moins avancés de rejoindre les seuils minimaux de condition de vie (alimentation, santé, éducation, sécurité ,…) que chaque pays, chaque homme ou femme, est en droit d’attendre à notre époque.

L’acceptation du risque résiduel nucléaire, qui ne sera jamais éliminé, sauf à éliminer l’utilisation de l’énergie nucléaire à travers le monde, et là ce serait du vrai gaspillage, doit être appréciée au regard en premier lieu de la priorité une à la sûreté nucléaire portée par les exploitants nucléaires et de la capacité des Etats à porter une vision d’intérêt général et de prise en compte des générations futures.

Elle doit être également pesée au regard des enjeux géopolitiques et économiques, et de la valeur ajoutée du nucléaire vis à vis du risque d’effet de serre planétaire et de sa contribution positive à l’accès au minimum vital pour l’ensemble de la population mondiale.

mis à jour le 17 septembre 2017

Pré en Puisaye,  à proximité du site nucléaire de Belleville sur Loire , août 2015

Pré en Puisaye, à proximité du site nucléaire de Belleville sur Loire , août 2015

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Dépannage électrique Paris 01/06/2017 18:53

Vous êtes allez sur le site de Fukushima ? Qu'avez-vous retenu de cette visite ?
Bravo pour votre ferveur !

Bernard MAILLARD 12/03/2017 09:52

Cette semaine, depuis le 7 mars 2017, le réacteur numéro 1 de Fessemheim est rentré dans sa 41 éme année de fonctionnement en toute sûreté, la première divergence du cœur ayant eu lieu le 7 mars 1977.

Très Bon anniversaire à Fessemheim ! 40 ans c'est encore jeune !!!!

Ce réacteur a rejoint le groupe des 84 réacteurs aujourd'hui en exploitation dans le monde et qui ont plus de 40 ans d'exploitation.

Pour mémoire, 450 réacteurs industriels sont en exploitation dans le monde et 60 autres sont en construction.

L'énergie nucléaire est une énergie naturelle qui permet de manière concentrée d'apporter en toute sûreté une énergie propre, bas carbone et compétitive pour le plus grand nombre.

Elle est complémentaire aux actions d'efficacité énergétique, notamment dans le résidentiel et les transports ou les énergies fossiles émettrices de gaz à effet de serre sont encore majoritaires, et au développement du solaire et de l'éolien si possible sans subvention.

Bernard Maillard 11/03/2017 17:39

Admettons que le coût de l'accident soit de l'ordre de 200 milliards d'euro. Avec moins du dixième, l'exploitant aurait pu éviter l'accident.

Cette erreur de culture de sûreté, les Japonais la paie très cher. Pour autant cela ne condamne pas l'énergie nucléaire. 450 réacteurs tournent dans le monde et 60 sont en construction.

C'est la culture de sûreté qu'il faut promouvoir auprès de l'ensemble des exploitants nucléaires pour éviter le renouvellement d'un tel accident qui demeure évitable.

Commentaire publie le 11 mars 2017 a la suite de l'article Le Monde - Au Japon, la difficile renaissance de Fukushima
http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/03/11/au-japon-la-difficile-renaissance-de-fukushima_5093038_3244.html

Bernard Maillard 11/03/2017 17:38

Le Monde - Au Japon, la difficile renaissance de Fukushima
http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/03/11/au-japon-la-difficile-renaissance-de-fukushima_5093038_3244.html

Bernard Maillard 26/05/2016 08:13

Qu'appelle-t- on durée de vie ?

Les trois quarts des centrales nucléaires américaines ont une autorisation de fonctionner à 60 ans et les études pour confirmer la possibilité de fonctionner sur quatre vingt ans Sont engagées.

Commentaire mis le 25 mai 2016 à la suite de l'article du Monde
Le Monde.fr - Fessenheim : l’indemnisation fixée par des experts indépendants, assure Emmanuel Macron
http://www.lemonde.fr/energies/article/2016/05/25/fessenheim-l-indemnisation-fixee-par-des-experts-independants-assure-emmanuel-macron_4926475_1653054.html

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