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Le blog de Malicorne

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Journal d'un citoyen français, militant de la vie et de la liberté


Evaluation de l'impact environnemental et économique de l'arrêt de Fessemheim

Publié par Bernard Maillard sur 12 Mai 2022, 06:38am

Catégories : #Economie, #Géopolitique, #politique, #énergie

L’arrêt volontaire en 2020 par les Pouvoirs Publics de Fessemheim (1800 MW) a induit une augmentation des  émissions de gaz à effet de serre impactant le climat et un coût pour la collectivité qui peuvent être évalués en fonction de la tension sur le marché de l’électricité cet hiver 2021-2022.

La tension sur l’offre d’électricité pilotable décarbonée s’est directement répercutée dans les prix de marché de l’électricité, avec en France un prix moyen très élevé de 274,7 Euro le MWh en décembre 2021 et un prix moyen de 185,6 Euro par MWh sur la période janvier février 2022 ( source bilan mensuel RTE de décembre 2021, et de janvier février 2022).

Lors des périodes les plus tendues sur le plan de l’équilibre offre-demande, qui peuvent être les périodes d’hiver, mais pas seulement, alors que les productions intermittentes, (éolienne et solaire), par nature, ne peuvent assurer le caractère pilotable, l’arrêt volontaire d’une  production nucléaire pilotable émettant 12 g de Co2 équivalent par kWH conduit fatalement à un accroissement des émissions de gaz à effet de serre lorsqu’il est fait appel au gaz, ( 418 g de CO2 équivalent par kWH) et encore plus au charbon.

L’appel au thermique classique au combustible fossile (gaz ou charbon) et aux moyens d’importation sur cette période considérée, décembre 2021 à février 2022, met en évidence l’appel à des moyens pilotables fossiles de façon contrainte pour une période que l’on peut estimer à un tiers de la période a minima, en s’appuyant notamment sur les bilans techniques mensuels de RTE. Pour cette période, la conséquence en émissions de gaz à effet de serre de l’absence de moyen pilotable décarboné qui aurait pu être apporté par Fessemheim (productible sur un tiers de la période, 1800 * 30*24 = 1,296 millions de MWh = 1,296 Twh ) peut ainsi être estimée de l’ordre d’un demi-million de tonnes équivalent carbone de CO2 pour ce seul trimestre (418 – 12 = 406 g par kwh, soit 0,4 million de tonne par TWh, soit 0,5 millions de tonnes de tonnes de CO2 pour 1,3 TWh). Ce montant est déjà significatif au regard de la carence de l’Etat (15 millions de tonnes équivalent carbone)  pour la période 2015-18.

Pour mémoire, par un jugement du 14 octobre 2021, le Tribunal Administratif de Paris a enjoint à l’Etat de réparer les conséquences de sa carence en matière de lutte contre le changement climatique. A cette fin, le tribunal a ordonné que le dépassement du plafond des émissions de gaz à effet de serre fixé par premier budget carbone (2015-2018) soit compensé au 31 décembre 2022, au plus tard. http://paris.tribunal-administratif.fr/Actualites-du-Tribunal/Espace-presse/L-Affaire-du-Siecle-l-Etat-devra-reparer-le-prejudice-ecologique-dont-il-est-responsable

Le risque de pénurie de sources pilotables décarbonées est souligné par RTE notamment lors d’une pénétration importante des sources intermittentes, éolien et solaire.

“Ces périodes froides et sans vent, qui suscitent beaucoup de questions dans le débat public sur le mix électrique, induisent ainsi des besoins de capacités pilotables très significatifs dans les scénarios à haute part en énergies renouvelables (plusieurs dizaines de gigawatts). Seules de telles capacités permettront de passer ce type de situations “ page 45 rapport RTE futur énergétique 2050 https://www.rte-france.com/.

Dans le contexte géopolitique de l’actuelle guerre en Ukraine, déjà précédée par une instabilité géopolitique, la non disponibilité de Fessemheim induit une exposition volontaire complémentaire au risque de dépendance allant à l’encontre de la sécurité d’approvisionnement énergétique de la France et de l’Europe. Elle induit des parades coûteuses et complémentaires en conséquence, et, à l’échelle de l’Europe, des émissions supplémentaires de gaz à effet de serre dues à une production complémentaire pilotable d’électricité par le gaz, le charbon et la lignite, notamment en Allemagne. Le charbon et le lignite sont particulièrement émetteurs de gaz à effet de serre et polluants. (https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/lallemagne-contrainte-de-relancer-ses-centrales-a-charbon-1394167).

Les tensions sur les prix de l’électricité précédemment cités révélent, pour les seuls trois mois considérés, un dépassement de plus de 130 Euro le Mwh du prix moyen de l’électricité en France par rapport au prix de base de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique, Arenh, de 42 euro le MWh, prix représentatif des conditions économiques de production d’électricité par les centrales nucléaires mises en service avant le 8 décembre 2010 (https://www.cre.fr/Electricite/Marche-de-gros-de-l-electricite/acces-regule-a-l-electricite-nucleaire-historique )

Avec un tel écart, l’indisponibilité volontaire de Fessemheim (1800 MW) conduit à un surcoût qui peut être estimé pour la collectivité de 500 millions d’euro par trimestre (Productible de 1800 * 90 *24 = 3 ,888 millions de MWh d’où une perte pour la collectivité de 130 * 3,888 = 505 millions d’euros pour chaque trimestre pour lequel le prix moyen d'électricité est supérieur de 130 Euro le MWh par rapport à l'Arenh).

Ainsi, à contexte donné, la fermeture volontaire d'un ouvrage de production d'électricité sûr,  décarboné,  pilotable, compétitif, sans moyen pilotable décarboné compétitif de substitution, se traduit  factuellement en émissions complémentaires de gaz carbonique et en surcoût pour la collectivité.

La faible disponibilité du parc nucléaire en France et l'arret du nucleaire en autres pays d' Europe  constituent des  facteurs aggravants à cette situation. 

Le soutien, en toute sûreté, de la prolongation du parc existant et au démarrage de nouveaux réacteurs en France comme dans l'ensemble de l'Europe, constitue , en complément des actions portant sur la sobriété  énergétique et le développement de la diversité des sources decarbonées de production d'électricité, un axe fondamental de travail pour les prochaines décennies pour lutter efficacement en faveur du climat et soutenir le pouvoir d'achat.

 

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