L'énergie nucléaire, dans son utilisation civile, est une énergie naturelle, décarbonée, pilotable, utile à la sécurité d’approvisionnement énergétique, à la sûreté des systèmes électriques, à la réponse aux besoins vitaux, sociaux et économiques. C'est une énergie féconde.
Elle peut être porteuse d'innovation, de numérisation, de gain de temps, de standardisation industrielle, de flexibilité, de compétitivité, de moindre impact environnemental par les ressources engagées.
Pour autant la risque d'accident nucléaire ne sera jamais nul. L'activité nucléaire a des conséquences sur le temps long. Ce risque et cette exigence à devoir considérer les incertitudes de ce temps long induisent une exigence première d'humilité.
La sûreté nucléaire, doit ainsi demeurer la priorité une pour établir et garder la confiance de toutes les parties prenantes. C'est la nécessaire contre-partie de tous les avantages que procure cette énergie.
La sûreté nucléaire repose autant sur des dispositions scientifiques, techniques et industrielles que sur des dispositions humaines, organisationnelles et culturelles, et sur la valorisation de la place de l'homme au service duquel cette énergie est au service.
La culture de sûreté repose notamment sur la clarté et le portage des responsabilités, avec la valorisation, à chaque niveau d'action et de décision, de la rigueur, de la prudence, de l'attitude interrogative, du questionnement critique, de l'humilité, de la prise en compte des faits et des incertitudes, de la capacité à remonter à des causes premières et à se réinterroger soi-même, de la communication, de la transparence, de l'ouverture, du dialogue.
A ce titre, la responsabilité des futurs exploitants nucléaires dans la conception et la démonstration de sûreté, leur compétence et leur capacité à exploiter ces futurs réacteurs, a priori plus nombreux, et donc avec des exploitants de plus en plus divers et nombreux au niveau mondial, et la pertinence de la gouvernance publique avec une culture de sûreté partagée entre toutes les parties prenantes, des exploitants, aux industriels intervenants, aux régulateurs, aux dirigeants et aux citoyens, doivent constituer des points d'attention spécifiques et permanents.
Dans une diversification des pays nouvellement entrants dans la valorisation du nucléaire civil (Bangladesh, Biélorussie, Egypte, demain Pologne, Indonésie,,,), cette sûreté nucléaire exige une coopération mondiale de plus en plus étendue, sans nier la réalité des profondes difficultés pouvant survenir qu'elles soient d'ordre géopolitique, culturel ou autres.
Au niveau international, l’agence intergouvernementale AIEA de l’énergie atomique établit des principes directeurs et des recommandations, notamment en matière de culture de sûreté[1], qui donnent lieu à des évaluations croisées entre organismes gouvernementaux de contrôle. Les exploitants nucléaires sont régulièrement évalués entre pairs à travers l’association mondiale des exploitants nucléaires, WANO[2], mise en place après l’accident de Tchernobyl. Ces organisations, fondamentales pour le partage d’expérience en matière de sûreté nucléaire, tant au niveau des organismes institutionnels qu’au niveau des exploitants nucléaires, doivent, dans la priorité devant être donnée à la sûreté nucléaire, pouvoir continuer à exercer leur activité en amont de toute considération d’ordre géopolitique.
[1] Voir publication INSAG 4, définissant la notion de culture de sûreté reposant sur la responsabilité des acteurs et l’attitude, Rigueur, Prudence, Attitude interrogative, Communication, Transparence… INSAG ( International Nuclear Safety Advisory Group ) est un groupe d’experts de l’AIEA
[2] WANO World Association of Nuclear Operators https://www.wano.info/
Aussi convient-il de regretter que dans des positions telle que celle que vient d'émettre le 16 avril dernier à Sapporo au Japon le G7, en faveur de l'énergie nucléaire, l' ouverture, le questionnement, le dialogue et l'attention accordée à la nécessaire coopération mondiale en matière de sûreté nucléaire ne président pas à toute considération d'ordre géopolitique.
Extrait de l’Article 70 ( !) de la déclaration commune des Ministres du Climat, de l’énergie et de l’environnement, du Groupe G7 à Sapporo au Japon le 16 avril 2023.
« Those countries that opt to use nuclear energy recognize its potential to provide affordable low-carbon energy that can reduce dependence on fossil fuels, to address the climate crisis and to ensure global energy security as a source of baseload energy and grid flexibility….
maintaining/strengthening nuclear technology and human resources, under the cooperation among like-minded countries with shared values, as well as working with reliable partners to reduce dependence on Russia and to ensure security of supply by a continuous supply diversification efforts. "
https://www.meti.go.jp/information/g7hirosima/energy/G7MinistersCommunique2023a.pdf
Pour retrouver les autres articles du Blog de Malicorne sur l’énergie
https://malicorne.over-blog.com/tag/energie/
Pour une synthèse et une mise en perspective
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